Lieux de chance · 6 min de lecture
Les bienfaiteurs liégeois : les tombes où l'on vient demander une grâce
Un carillonneur dont la tombe est une cloche de pierre. Le fondateur d'un culte retrouvé intact dans sa sépulture. Une jeune fille que l'on vient pleurer de joie. Un médium que l'on appelle encore le médium des médiums. Un guérisseur qui « fait certaines choses encore mieux d'en haut qu'en bas ». Voici les bienfaiteurs de la région liégeoise, tels qu'Antoine les avait recensés, avec le chemin pour les trouver.
Il y a quelque chose de plus fort que la mort, c'est la présence des absents dans la mémoire des vivants.
Épitaphe relevée par Antoine
Liège a toujours été une terre de guérisseurs, de médiums et de bienfaiteurs. Des hommes et des femmes simples, souvent pauvres, qui recevaient tout le monde sans demander d'argent, et vers qui l'on faisait la file dès l'aube.
Ils sont morts. Mais pour beaucoup de Liégeois, ils ne sont pas partis. Leurs tombes sont couvertes de fleurs, d'ex-voto, de petites plaques de remerciement. On y vient demander une grâce, comme on venait autrefois frapper à leur porte.
Antoine les appelait les quêtes de grâce. En voici la liste, telle qu'il l'avait dressée, avec ce qui faisait la réputation de chacun et le chemin exact pour trouver sa tombe.
Deux d'entre eux ont leur propre article : Henri Lacroix, le sourcier né coiffé de Sainte-Walburge, et Denis Randaxhe, le mage de Herstal.
Le Père Antoine, à Jemeppe
Louis Antoine, que tout le monde appelle le Père Antoine, est né le 7 juin 1846 et mort le 25 juin 1912. C'est le fondateur du culte antoiniste, né à Jemeppe-sur-Meuse, et qui compte encore aujourd'hui ses temples en Belgique et en France.
Antoine rapportait qu'il avait été découvert momifié lors du renouvellement de sa sépulture.
Le Père Antoine, écrivait-il, perpétue une égrégore de générosité, de charité et de disposition à secourir les démunis et les sans-défense. On vient sur sa tombe pour le recueillement, la méditation, la réflexion, et l'aide spirituelle.
Où le trouver : au vieux cimetière de Jemeppe-sur-Meuse. À l'entrée principale, le Père et la Mère Antoine reposent dans la première sépulture à votre droite.
Auguste Monjardin, le carillonneur, à Robermont
Auguste Monjardin était le carillonneur de l'église Saint-Jean, à Liège. Il est mort en 1934. Son corps repose sous une cloche en pierre de taille.
Ici, on ne vient pas demander une grâce. On vient renforcer le principe de chance en général, et amplifier l'effet de résonance, sans aucune intention particulière.
Le geste est très simple. On pose pendant quelques instants sur la tombe :
- soit une clochette qui sera ensuite suspendue au cou d'un animal ;
- soit une médaille représentant une cloche de nécromancie, que l'on portera ensuite à son cou.
Comme pour tous les lieux émissifs où le règne animal intervient, Antoine conseillait de disperser un peu de racine de mandragore au pied de la sépulture.
Où le trouver : au cimetière de Robermont, à Liège. À l'entrée principale, continuez tout droit jusqu'au bâtiment appelé « La Chapelle ». Prenez la deuxième allée sur votre droite : sur la dix-septième sépulture du deuxième rang repose une cloche en pierre, avec l'inscription « Auguste Monjardin, carillonneur, église Saint-Jean, regrets éternels ».
Marie Lecoquay, à Fécher
Mademoiselle Marie Lecoquay est née le 17 juin 1901 et morte tragiquement le 7 juin 1938. Antoine la décrivait comme un vrai ange de charité et de pureté. Toute sa vie a été racontée dans un livre de près de deux cents pages, et une polyclinique porte son nom.
Sur sa tombe, beaucoup trouvent un grand réconfort, une sorte d'amour platonique inexpliqué et indescriptible, au point que beaucoup y pleurent d'une joie profonde et salvatrice. Son appel silencieux, écrivait Antoine, entraîne un état d'âme hors de l'espace et du temps, que nul ne peut définir.
Antoine lui avait donné une devise : l'humilité parfaite.
Où la trouver : au cimetière de Fécher, près de l'église, rue de l'Égalité, à Soumagne-Bas. À l'entrée principale, longez directement le mur à votre droite. La sépulture de Mademoiselle Marie est située face à la maison aux trois lucarnes.
Pierre de Lambert, à Vaux-sous-Chèvremont
Pierre de Lambert, connu aussi sous le pseudonyme de Lecoq, était médium et guérisseur, réputé dans toute la région après la dernière guerre.
Son assistance, écrivait Antoine, est reconnue comme extrêmement puissante par beaucoup de médiums. Au point que certains l'appellent encore aujourd'hui le médium des médiums.
Une vingtaine d'ex-voto couvrent son caveau.
Où le trouver : au nouveau cimetière de Vaux-sous-Chèvremont, dans le caveau de la famille de Lambert-Stelen. Depuis l'esplanade le long de la Vesdre, prenez la direction de Chênée, puis la première rue à droite. Passé le rond-point, continuez vers Chèvremont et prenez la rue du Cimetière sur votre gauche. Montez jusqu'à l'entrée principale, dans le tournant. À la grille, tournez à droite, puis prenez l'allée 25. Les grilles restent ouvertes jour et nuit.
C'est à quelques minutes du Mont des Géants : Antoine conseillait de profiter de l'une pour rendre visite à l'autre.
René Thewissen, à Houtain-Saint-Siméon
René Thewissen, né le 21 janvier 1929 et mort le 25 avril 1999, était artiste peintre et guérisseur de renom international. Il a exercé son art dans le quartier de la Croix-Jurlet, à Herstal, « bastion » du monde des médiums. Il y a une fondation et un livre sur sa vie.
Pour beaucoup de Liégeois, il a été et restera un grand médium. Et pour beaucoup, encore aujourd'hui, René Thewissen fait certaines choses encore mieux d'en haut qu'en bas.
Et beaucoup prétendent que, sur sa tombe, son œil gauche vous regarde.
Où le trouver : au cimetière de Houtain-Saint-Siméon, rue Libeau. À l'entrée principale, tournez directement à gauche et longez le mur jusqu'au coin. Tournez à droite en continuant à longer le nouveau mur sur votre gauche : vous apercevrez sa sépulture.
Jean Volont, à Montegnée
Tout Liège allait consulter Jean Volont, rue Émile Verhaeren, à Angleur. Il fallait se lever très tôt pour être parmi les premiers, ou s'armer d'une énorme patience : la file interminable devant sa porte disait assez la réalité de ses dons.
Grand, mince, imperturbable, il fumait son éternel cigare. Et il ne demandait jamais d'argent.
Il est né en 1927 et mort le 6 septembre 1999. Mais pour beaucoup de Liégeois, Jean n'est pas mort, il dort. Il repose auprès de sa maman, Élisabeth Christiaens. Et c'est la raison pour laquelle, écrivait Antoine, vous ne verrez pas sa photo.
On dit qu'il apparaît dans les songes de ceux qui viennent le voir. Et qu'il leur dit simplement de respirer des narcisses noirs, et d'aller se recueillir sur la tombe du Père Antoine.
Où le trouver : au cimetière de Montegnée, entrée de la rue Pasteur, face à une plaine de jeux. Continuez tout droit jusqu'à la cinquième allée sur votre droite, puis tournez à droite. Sa sépulture porte le nom de sa maman, Élisabeth Christiaens.
Notre-Dame de Bonne Nouvelle, à Liège
Dans la liste des lieux de protection d'Antoine figurait aussi une petite chapelle du cœur de Liège : Notre-Dame de Bonne Nouvelle, où l'on vient prier sainte Rita, la sainte des causes désespérées, et saint Expédit, le saint des causes urgentes.
Où la trouver : dans une impasse de la rue Saint-Léonard, à Liège, au numéro 361. Elle est ouverte en journée, tous les jours. Antoine proposait la médaille de sainte Rita à ceux qui s'y rendaient.
Comment faire une quête de grâce
Une quête de grâce ne demande pas de rite compliqué. Elle demande de la sincérité, et du respect.
- Rendez-vous sur la tombe, aux heures d'ouverture du cimetière.
- Recueillez-vous, et formulez votre demande.
- Respectez les volontés des familles : quand une épitaphe demande de ne rien déposer, on ne dépose rien.
- Si votre grâce est obtenue, revenez remercier. C'est ainsi que naissent les ex-voto et les plaques que vous verrez sur ces tombes.
Le conseil d'Antoine
Comme pour toutes les sépultures émissives, il est toujours recommandé d'emporter avec soi une mignonnette de verveine.
Antoine de Saint-Christophe
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Photo d'illustration : Jean Housen, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.


