Lieux de chance · 4 min de lecture
Le tombeau de Monsieur Hawarden : la tombe magique par excellence, pour échapper à tout
Dans un petit cimetière des Cantons de l'Est, une épitaphe dit « Mademoiselle ». L'acte de décès disait « Monsieur ». Entre les deux, une vie de pistolets, de chevauchées et de secrets. Ici, on ne demande aucune grâce, et pour cause : on ne sait pas à qui s'adresser. Et pourtant, des gens du monde entier viennent, en pleine nuit, une fois l'an.
Chers amis, rassurez-vous : cette année encore, je me rendrai sur le tombeau de Monsieur Hawarden.
Phrase relevée par Antoine, datée de 1912
Il y a des tombes où l'on prie. Il y a des tombes où l'on demande. Et puis il y a une tombe, à Ligneuville, près de Malmedy, où l'on ne demande rien.
Antoine lui avait réservé une place à part dans son catalogue. Il l'avait classée « sans quête de grâce ». Il lui avait donné cinq étoiles. Et il l'appelait simplement : la tombe magique par excellence.
Une épitaphe qui ment
Dans le petit cimetière de Ligneuville, une tombe porte une inscription en apparence banale. Elle dit en substance : ici repose mademoiselle Meriora Gillibrand, décédée à Ligneuville le 1er mars 1863, à l'âge de 58 ans, munie des sacrements de l'Église.
Mais le lendemain de ce décès, à la mairie voisine, un témoin avait déclaré la mort non pas d'une demoiselle, mais d'un homme : Arthur Hawarden, d'origine inconnue. Quelques semaines plus tard, la famille obtenait que ce nom soit rayé du registre et remplacé par celui de Meriora Gillibrand.
Car « Monsieur Hawarden » était une femme.
La vie de Monsieur Hawarden
Pour sa famille, Meriora Gillibrand était sans doute une originale, une excentrique. Pour les habitants de Ligneuville, c'était un homme, et rien d'autre. Elle fumait la pipe et le cigare. Elle portait des vêtements d'homme et une haute casquette. Elle avait deux pistolets à la ceinture, et l'on disait qu'elle était tireuse d'élite.
La légende lui prête une vie de roman. Elle aurait fait le coup de feu sur les barricades de Paris en 1848, et n'aurait échappé à l'arrestation que parce qu'un examen médical révéla qu'elle était une femme. On lui attribue un mari, des amants qui se seraient entretués pour elle, un duel où elle aurait poignardé un prétendant qui l'aurait blessée d'une balle avant de mourir.
Vers 1850, ses errances la mènent au cœur de l'Ardenne, à Ligneuville. Le village compte un paroissien de plus. Un étrange paroissien qui, les soirs de tempête, s'élançait à cheval sur la Fagne et ne s'arrêtait que sous les ruines des châteaux de Salm, de Reuland ou de Reinhardstein. Un jeune garçon l'accompagnait souvent, et nota ses confidences dans un carnet.
Monsieur Hawarden mourut seul, et pauvre.
Son histoire a inspiré un roman de Filip De Pillecyn et un film de Harry Kümel, Monsieur Hawarden, sorti en 1968.
Là où tout semble fonctionner sans rien demander
C'est ici que l'histoire bascule dans le monde d'Antoine.
À Ligneuville, on ne demande aucune grâce. Et pour cause : on ne sait pas à qui s'adresser. À une demoiselle ? À un monsieur ? À quelqu'un qui a passé sa vie à échapper : à son nom, à son sexe, à sa famille, aux gendarmes, aux registres.
Et c'est exactement pour cela qu'on y vient. Pour échapper à.
Depuis plus d'un siècle, écrivait Antoine, beaucoup de gens du monde entier viennent la nuit, une fois l'an, sur ce tombeau. La phrase de 1912 citée en tête de cet article le dit à sa manière : on y revient chaque année, comme à un rendez-vous.
Là où tout semble fonctionner, sans rien demander.
Fiche 2-532002, Antoine de Saint-Christophe
Ce à quoi Monsieur Hawarden permet d'échapper
Voici ce qu'Antoine avait relevé, dans l'ordre.
- Tout ce qui touche à la loi en général.
- L'autorité civile, principalement politique, militaire et religieuse.
- Les esclandres, les scandales et les querelles.
- Les tracasseries administratives en général.
- Et par extension, les passions amoureuses, entre personnes de sexe différent comme de même sexe.
En premier lieu, notait Antoine, Monsieur Hawarden exauce les souhaits de celles et ceux qui, comme lui, vivent entre deux identités. Mais son pouvoir s'étend à tous ceux qui se sentent coincés par une autorité, un dossier, une rumeur, une passion.
Comment y aller
En bordure de la grande route de Ligneuville, vous apercevrez une longue haie et un panneau indicateur « Tombeau Mr Hawarden ». Il vous suffit de suivre les flèches.
L'épitaphe, vous la reconnaîtrez : « Ici repose le corps de Mlle Meriora Gillibrand, en son vivant Monsieur Hawarden. »
Le cimetière se trouve Grande Rue, à Bellevaux-Ligneuville, dans la commune de Malmedy.
Hawarden et Denis
Antoine, qui avait cinq étoiles pour Hawarden, gardait pourtant une préférence. Pour lui, un autre défunt était encore plus fort : Denis Randaxhe, le mage de Herstal, enterré à deux pas de chez lui. Lire son histoire.
Le conseil d'Antoine
Si vous pouvez, consommez toujours un peu d'alcool de verveine avant de vous rendre sur une tombe émissive.
Antoine de Saint-Christophe
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Photo : Michielverbeek, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.


