Rituels · 5 min de lecture
Par Antoine de Saint-Christophe · mis à jour le 9 octobre 2026
Sang-de-dragon et bois de cade : la résine des Guanches et le bois « miraculeux » que personne n'a jamais su cultiver
Une résine rouge sang, tirée d'un arbre qui peut vivre des siècles, dont les anciens habitants des Canaries se servaient pour parler aux morts. Un bois sauvage et odorant, dont le nom provençal signifie « miraculeux », qu'aucun homme n'a jamais réussi à planter. Les deux matières qu'Antoine fumigeait, gravait et conseillait sans cesse.
Dans l'atelier d'Antoine, un rituel ne se fait jamais sans matière. Et parmi toutes celles qu'il utilisait, deux reviennent dans ses textes plus souvent que toutes les autres. Il leur avait consacré quatre fiches entières.
La première est rouge comme le sang : la résine du dragonnier. La seconde est brune, dure, et dégage une odeur boisée qu'on n'oublie pas : le bois de cade.
Première partie : le sang-de-dragon
L'arbre-dragon

Le sang-de-dragon est la sève séchée du dragonnier, Dracaena draco, une plante à l'allure d'arbre qui pousse surtout à Madère, aux Canaries et au Cap-Vert.
Le dragonnier grandit avec une lenteur extrême. Il ne fleurit, disait Antoine, que tous les vingt ans. Le plus célèbre d'entre eux, le dragonnier millénaire d'Icod de los Vinos, à Tenerife, est l'un des plus vieux arbres des Canaries : c'est lui que vous voyez en tête de cet article.
Pour Antoine, la présence d'un dragonnier chasse les mauvais esprits et attire la chance. Sa résine liquide sert de vernis. Et sa résine séchée, rouge sombre, est dotée selon lui de vertus tout à fait exceptionnelles.
Les Guanches, peuple du dragon
Pour comprendre ces vertus, Antoine remontait à l'histoire de Tenerife.
Deux mille ans avant notre ère, racontait-il, des peuples venus du continent s'installèrent sur l'île. Ils étaient très grands, avaient les yeux clairs, et l'on a souvent rapproché leur mystère de celui des Atlantes. On les appelle les Guanches : de guan, le descendant, et Chinech, le nom de Tenerife. Les fils de Tenerife.
Les Guanches momifiaient leurs morts avec des peaux de chèvre et du sang-de-dragon, afin de pouvoir communiquer avec les âmes des défunts. Ils croyaient à une autre forme de vie après la mort.
Ils étaient répartis en neuf royaumes, les menceyatos, et obéissaient à des lois justes, en accord avec les rythmes de la nature. Redoutables guerriers sur la terre ferme, piètres marins sur l'eau, ils résistèrent farouchement aux conquistadors espagnols, arrivés en 1494, pendant deux longues années. Les objets retrouvés de leur civilisation témoignent d'une habileté hors pair.
Secret atlante sans aucun doute, le dragonnier et son sang font partie d'une des multiples énigmes de l'univers dont nos anciens connaissaient les principes.
Antoine de Saint-Christophe
Antoine ajoutait une règle tirée de cette tradition : si vous brûlez des poils de chèvre et que vous passez dans leur fumée un objet chargé de mauvaises influences, celui-ci est instantanément purifié.
Planter un dragonnier
Antoine conseillait d'en faire pousser un. Et il donnait la méthode.
- Semez une graine de dragonnier des Canaries (Dracaena draco) à 1 ou 2 centimètres de profondeur, dans un petit pot de terre, à une température supérieure à 8 °C.
- Repiquez-la dans un grand pot soixante-quinze jours plus tard.
- Semez de préférence en mai, juin, juillet ou septembre sous un climat continental, et d'avril à septembre sous un climat méditerranéen.
- Semez en lune montante, et glissez quelques obsidiennes dans la terre : elles accélèrent et renforcent la croissance.
Ce que le dragonnier apporte
Placé devant un commerce ou à l'intérieur, le dragonnier, écrivait Antoine, attire constamment de nouveaux clients et entraîne la prospérité. Il éloigne les personnes mal intentionnées et amène de nouvelles et solides amitiés.
C'est pour cette raison, notait-il, que la plupart des grands hôtels des Canaries ont un dragonnier à leur entrée.
La fumigation de sang-de-dragon
Voici le rite de la résine, tel qu'Antoine le décrivait. Il est à usage externe uniquement : le sang-de-dragon ne se consomme pas.
- Prenez un encensoir classique.
- Allumez une braise instantanée de 33 millimètres et posez-la dans l'encensoir.
- Dès qu'une couronne grise apparaît sur la braise, posez-y trois grammes de sang-de-dragon.
- Tenez la main avec laquelle vous écrivez dans la fumée pendant trois minutes.
Ce que le sang-de-dragon apporte
Antoine énumérait ses propriétés :
- un puissant philtre d'amour ;
- un très grand pouvoir protecteur, qui refoule les vibrations négatives des vivants et des morts ;
- la communication avec son ange gardien et avec les êtres chers disparus ;
- la paix et le bonheur dans la maison ;
- le silence dans une maison bruyante, où les meubles craquent et les objets semblent bouger ;
- la fameuse « chance insolente d'argent », que les occultistes connaissent bien ;
- la faveur d'un tiers anonyme : un examen, une décision administrative, une allocation.
Et une tradition charmante : si la fumigation a lieu dans une pièce dont la fenêtre est ouverte, et que la fumée quitte la pièce, la jeune fille de la maison se mariera dans l'année.
Antoine associait aussi le sang-de-dragon à la mandragore pour la vente de certains objets. Les familles de la vallée du Geer, disait-il, pratiquaient cette fumigation depuis des générations. Lire : l'ossuaire de Boirs.

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- Deuxième partie : le bois de cade
- La magie sigillaire du cade
- Les macralles et le cade
- Chez vous
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le sang-de-dragon ?
La sève séchée du dragonnier, Dracaena draco, qui pousse surtout à Madère, aux Canaries et au Cap-Vert.
Que veut dire « cade » ?
En provençal, écrivait Antoine, cade signifie « miraculeux ».
Comment utiliser le cade chez soi ?
Gardez-le à l'air libre, dans une petite coupe en bois de cade, et fumigez une demi-cuillère à café de poudre sur une braise ardente, comme Antoine l'indique dans l'article.


