Votre ciel · 5 min de lecture
Par Lucas Almazar · mis à jour le 9 octobre 2026
Albumasar, le prince des astrologues : l'homme qui lisait les années
Il a commencé l'astrologie à quarante-sept ans, après l'avoir combattue. Il est devenu le plus lu des astrologues du Moyen Âge, de Bagdad à Oxford. Et c'est à lui que je dois mon nom de plume.
Je dois vous faire un aveu : mon nom de plume, Almazar, n'est pas tombé du ciel.
C'est un clin d'œil à un homme qui a vécu il y a douze siècles, à Bagdad. Un homme que l'Europe médiévale a appelé Albumasar, et qu'elle a lu pendant six cents ans comme le maître absolu de l'astrologie.
Son histoire mérite d'être racontée. Parce qu'elle commence par un refus.
Un savant qui détestait l'astrologie
Il s'appelle Abū Ma'shar Ja'far ibn Muḥammad al-Balkhī. Il naît en 787 à Balkh, une grande ville du Khorassan, dans l'actuel Afghanistan. Il vient à Bagdad, alors la capitale intellectuelle du monde, au temps des califes abbassides.
À Bagdad, il est d'abord un spécialiste des traditions religieuses. Et selon le grand bibliographe Ibn al-Nadīm, il s'oppose violemment aux philosophes et aux astronomes, en particulier au célèbre al-Kindī, le « philosophe des Arabes ».
Puis, toujours selon le récit d'Ibn al-Nadīm, il se met à étudier les mathématiques pour mieux réfuter ses adversaires. Il découvre l'astronomie. Il est fasciné. Il change de camp. Il a quarante-sept ans.
Je trouve cette histoire magnifique, et pas seulement parce qu'elle me concerne. Elle dit qu'on n'est jamais trop vieux pour changer d'avis, ni pour commencer quelque chose de grand.

La Maison de la Sagesse
Pour comprendre Albumasar, il faut imaginer le Bagdad du IXe siècle.
Les califes y ont fondé la Maison de la Sagesse, une bibliothèque et un centre de traduction. On y traduit en arabe les savants grecs, Aristote, Ptolémée, Euclide, mais aussi les astronomes persans et indiens. Des mathématiciens y inventent l'algèbre. Des astronomes y mesurent la Terre.
C'est dans ce bouillonnement qu'Albumasar écrit. Et il réussit quelque chose que personne n'avait fait : rassembler toutes les traditions astrologiques connues, grecque, persane, indienne, en un système cohérent, et lui donner une base philosophique, celle d'Aristote.
Le livre qui a convaincu l'Europe
Son œuvre majeure s'appelle le Grand Introduction à l'astrologie, le Kitāb al-mudkhal al-kabīr. Il y explique pourquoi les astres agissent sur le monde, et comment.
Pour prouver que le ciel influence la Terre, il prend un exemple que tout le monde peut vérifier : les marées. La mer monte et descend avec la Lune. Si la Lune peut soulever les océans, dit-il, pourquoi n'agirait-elle pas sur le reste du monde ?
Ce livre est traduit en latin à deux reprises au XIIe siècle, par Jean de Séville puis par Hermann de Carinthie. Pour beaucoup d'historiens, c'est l'un des textes qui ont fait découvrir à l'Europe médiévale la pensée d'Aristote sur la nature, avant même que ses propres œuvres soient largement traduites.
Puis vient l'imprimerie. En 1488 et 1489, à Augsbourg, l'imprimeur Erhard Ratdolt publie plusieurs livres d'Albumasar, avec des gravures sur bois superbes. Les bibliothèques des universités se les arrachent.

Les grandes conjonctions : l'histoire du monde dans le ciel
Albumasar ne s'intéresse pas seulement aux individus. Il veut lire l'histoire des peuples.
Son idée : tous les vingt ans environ, Jupiter et Saturne, les deux planètes les plus lentes connues à l'époque, se rejoignent dans le ciel. Ces rencontres, les grandes conjonctions, suivent un cycle qui se répète sur des siècles. Pour lui, chaque changement de cycle annonce un changement d'époque : des dynasties qui tombent, des religions qui naissent, des empires qui se déplacent.
Cette théorie a eu une influence énorme. Pendant des siècles, en Europe, on a guetté les grandes conjonctions pour comprendre son temps. Kepler lui-même les étudiera.
L'homme qui lisait les années
Mais la partie de son œuvre qui me touche le plus, c'est la plus intime.
Albumasar a écrit un traité entier sur les révolutions des années de naissance : la façon de lire, chaque année, le retour du Soleil à sa place natale. C'est l'ancêtre direct de ce que j'appelle aujourd'hui la révolution solaire.
Il y explique comment chaque année a son « maître », comment on regarde où tombent les planètes dans la carte de l'année, comment on la compare au thème de naissance. Il y parle aussi d'une technique qu'on appelle la profection : chaque année de la vie active une maison du thème, l'une après l'autre, comme une aiguille qui avance d'un cran à chaque anniversaire.
Quand je lis une révolution solaire pour un client, je refais, avec des outils modernes, des gestes qu'Albumasar décrivait il y a douze siècles.
Ce que je retiens de lui
Je retiens trois leçons, et je les applique tous les jours.
1. On peut commencer tard. Il avait quarante-sept ans. Il a écrit des dizaines de livres, et il a vécu jusqu'à près de cent ans, selon les sources.
2. Une bonne méthode rassemble. Albumasar n'a pas inventé une astrologie de plus. Il a pris le meilleur des traditions grecque, persane et indienne, et il les a fait parler ensemble. C'est exactement ce que j'essaie de faire en croisant les techniques occidentales, arabes et indiennes.
3. Le temps a une forme. Les années ne se ressemblent pas. Elles ont chacune leur ciel, leurs maîtres, leurs saisons. Savoir lire l'année qui vient, c'est la clé de tout le reste.
Et maintenant, vous
Si l'idée de lire votre année comme le faisaient les astrologues de Bagdad vous parle, commencez par calculer la seconde exacte de votre prochaine révolution solaire.
Et si vous voulez la lecture complète, avec le maître de l'année, la profection et les moments forts, je la fais pour vous.
Questions fréquentes
Qui était Albumasar ?
Abū Ma'shar al-Balkhī (787-886), astrologue né à Balkh et actif à Bagdad. Ses œuvres, traduites en latin au XIIe siècle et imprimées au XVe, ont fait de lui l'astrologue le plus lu de l'Europe médiévale.
Quelle est son œuvre la plus connue ?
La Grande Introduction à l'astrologie, qui donne à l'astrologie une base philosophique aristotélicienne, et le livre des Grandes Conjonctions, sur les cycles de Jupiter et Saturne.
Albumasar a-t-il parlé des marées ?
Oui. Il utilise le lien entre la Lune et les marées comme argument pour montrer que les astres agissent sur la Terre.
Qu'est-ce que la révolution des années de naissance ?
C'est la lecture de la carte du ciel au retour annuel du Soleil à sa position natale. Albumasar lui a consacré un traité, ancêtre de la révolution solaire moderne.
Pourquoi le nom Almazar ?
C'est un hommage de Lucas Almazar à Albumasar, dont les méthodes de lecture des années inspirent son travail.


